• Michel Cornelis

Morceaux choisis

Mis à jour : 2 mai 2018

Une fois n'est pas coutume, le billet du jour porte sur la traduction, secteur dans lequel la relation de confiance entre le fournisseur et le client est absolument primordiale.

En effet, le client final ne maîtrise pas forcément la langue cible de la traduction qu'il a commandée et n'est donc pas forcément capable d'apprécier seul la qualité du travail. Ce n'est que par des retours négatifs de ses propres clients, lorsque le dommage à son image est déjà là, qu'il peut éventuellement se rendre compte d'une supercherie. En sachant que seul un client mécontent sur quinze va prendre le temps de se plaindre.

​Malheureusement, tous les bureaux de traduction et tous les traducteurs ne sont pas digne de cette confiance.

Ainsi, une organisation qui a pignon sur rue vient de publier une traduction d'une page A4 qui concentre à peu près tout ce qui se fait de pire dans le domaine. Je ne connais pas les circonstances, mais je sais que la confiance de cette organisation a été abusée, car en général, elle veille à ne publier que des textes rédigés dans un français correct. Et le texte a été corrigé depuis.

Morceaux choisis (ce n'est qu'un échantillon !)

Sur une seule page A4, on trouve notamment...

Des fautes de français

« des études qui [...] promeut les intérêts commerciaux des entreprises » (accord du verbe : promeuvent)

« Tout mon travail est publié en tant que chercheur indépendant » (c'est donc le travail qui est un chercheur indépendant ! Il fallait écrire « Je publie tout mon travail en tant que »)

« le nombre de rapports scientifiques [...] ont-ils été effectivement financés par l’argent du pétrole [...] ? » (1.accord du verbe avec le sujet « le nombre [...] a-t-il »​  - 2. ce n'est pas une question : il fallait écrire « Combien de rapports ont-ils... »)

​ « Universitaires travaillent » (oui, la phrase commence comme ça, sans article, c'est la nouvelle syntaxe sans doute)

« un rapport financé par l’argent du pétrole financé​ » (bis repetita placent)

Des erreurs de traduction et des calques


​"Exposed", dans le sens de « Pris au piège » traduit par « Exposés »

« les professeurs gardent ce secret de financement du public » (to keep secret from the public)

« tout en restant en dehors facialement » (dans le sens de « en apparence »...)

« faire le nettoyage » (faire le ménage)

« qu'il pourrait faire suivre ce même processus à un rapport » (Quand je lis « faire suivre », je comprends « transférer ». « appliquer » convient nettement mieux)


Des lourdeurs de style


« Cette enquête montre comment ils le font, maintenant, nous avons besoin de savoir où et quand ils l'ont fait. » (l'amour ?)


La cerise sur le gâteau

​Comme souvent, le meilleur est pour la fin. Sans doute partiellement conscient de ses lacunes, le traducteur a rajouté, de sa propre initiative (!), un avis de dégagement de responsabilité qui vaut de l'or : « Dans le cas improbable d'une faute faite lors de la traduction, la version anglaise fait foi.​ »


Ce n'est déjà pas l'usage lorsqu'il ne s'agit pas d'une traduction juridique, mais alors, le rajouter de la propre initiative du traducteur, c'est gonflé. Sans compter que la phrase elle-même est un magnifique exemple de lourdeur (« une faute faite lors de la traduction »...moi, j'appelle ça une « erreur de traduction », tout simplement). 

Quant à l'adjectif « improbable », il est mal placé dans ce cas d'espèce. Il devrait en effet qualifier la traduction dans son ensemble : « Pour éviter une traduction improbable, faites appel à un traducteur compétent​ ». :-)

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