• Michel Cornelis

Le miroir des RH

Mis à jour : 2 mai 2018

"Le département des Ressources Humaines est de la plus haute importance stratégique pour la réussite de notre entreprise. Vous faites réellement la différence, par vos compétences et votre professionnalisme."

Quel DRH n'a pas entendu ce discours complaisant dans la bouche d'un CEO, d'un Vice Président, ou au sein d'une association professionnelle, et n'a pas eu envie d'y croire ? Tant il est vrai qu'un peu de reconnaissance, et même d'autosatisfaction, flatte l'égo et coule comme un doux nectar dans nos veines pour nous aider à surmonter les frustrations du quotidien.

​Parfois même, des résultats mesurés au niveau de l'entreprise (taux de turnover, paix sociale, absentéisme réduit, résultat des enquêtes de satisfaction...), ou attribués par des pairs (Award, distinction honorifique...) viennent conforter ces bonnes impressions.

Bien. Mais qu'en pense le public en général ? C'est -à-dire, un public composé de travailleurs du privé, de candidats, de conjoint(e)s, de fonctionnaires, d'anciens travailleurs... 

​​Il se fait que nous disposons justement de données chiffrées qui résultent de sondages effectués il y a plusieurs mois par Le Soir​, en collaboration avec HRWeb.

Alors, intéressons-nous tout de suite aux principaux résultats...





Donc, en résumé : plus de 90% des candidats sont déjà restés sans réponse à leur sollicitation ; 66 % des répondants ne reçoivent pas suffisamment de formation que pour évoluer ; 84 % considèrent que les évaluations ne les aident pas pour leur carrière ; et, cerise sur le gâteau, 56 % trouvent que les RH sont une fonction superflue...

Comme on le voit, le constat n'est pas brillant du tout. À partir d'ici, plusieurs réactions sont possibles :

La critique de la méthodologie

On peut reprocher bien des choses à ce sondage. Mais, d'un point de vue statistique, avec de 2 à 4000 réponses par questions, les marges d'erreur sont indiscutablement très faibles (on considère qu'un échantillon de 1000 personnes suffit à représenter la population belge dans son ensemble). 

Bien évidemment, il est représentatif de la population des gens qui consultent le site internet du Soir. Le Soir étant un média francophone généraliste s'adressant à un large public, on peut considérer que l'échantillon représente des gens qui cherchent à s'informer, avec une surreprésentation probable de Bruxellois ou de Brabançons, mais en tous cas, ce n'est pas un public d'extrémistes ni de personnes largement incultes.

Enfin, les internautes n'ont pas cherché un endroit où ventiler particulièrement leur frustration par rapport à une problématique donnée. Ils surfaient tranquillement sur un site d'information, et ont été confrontés à des questions sans les avoir cherchées pour exprimer un mécontentement particulier. Et les réponses ont été faites sans aucune pression sociale (comme le vote à main levée quand on veut poursuivre une grève, ou à bulletin secret quand on veut y mettre fin...).

Statistiquement parlant, ce sondage a donc de très sérieux atouts de respectabilité.

La défensive

​Il existe de très nombreux moyens de défense face à d'aussi mauvais résultats. "Ça​ ​ne me concerne pas", "c'est peut-être vrai pour d'autres entreprises, mais pas pour la mienne", "les gens ne comprennent rien à rien", etc.

Soit. Il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Mais si, dans l'ensemble, les DRH qui ne sont pas les derniers à se rassembler dans différentes associations ou pour différents colloques se penchaient collectivement sur l'image de leur fonction auprès du grand public ?  ​

​La remise en question constructive


​Sans le prendre personnellement, les DRH devraient considérer qu'il est de leur devoir de refermer la fracture qui ressemble furieusement à la rupture de confiance générale qui s'exerce, par exemple, vis-à-vis de la classe politique.

La fonction en sortirait grandie, et gagnerait certainement des points de crédibilité face aux alternatives syndicales, par exemple.

Et les RH pourraient alors revendiquer la place de fonction stratégique qui ne sera légitime que si elle est reconnue par d'autres, plutôt qu'autoproclamée.


Le point de vue d'Ilomyde

Rappelons tout d'abord que je suis et que je reste DRH, et que l'objectif de ce blog est de contribuer modestement à l'amélioration de la GRH et du management en général. J'assume entièrement ma part de toutes les critiques qui peuvent être adressées à la fonction, et je ne fais que rechercher depuis plus de vingt ans et sans relâche les moyens de devenir meilleur et d'éviter les erreurs qui conduisent à ce hiatus entre la perception générale et le degré d'autosatisfaction induit par les pairs.

Je pense que ce reflet de RH qui nous est renvoyé est une véritable aubaine qu'il serait vraiment dommage de balayer d'un revers de manche. C'est une occasion précieuse de remettre en question la valeur ajoutée de notre profession pour la hisser au véritable niveau stratégique qu'elle mérite.

Mais on ne peut construire un étage stratégique sur une pyramide dont les fondations s'effritent. De manière extrêmement cohérente avec mes précédents billets sur la question, le feedback renvoyé par les sondages montre que la reconnaissance passe par un travail sur les bases fondamentales des ressources humaines. Certaines ont déjà été abordées dans quelques billets de ce blog :

​​Ensuite, lorsque tous les fondamentaux sont maîtrisés en permanence, on peut construire sur des éléments plus stratégiques (gestion des talents...). Mais là, je pense qu'il reste un effort colossal à produire pour vulgariser ces notions, en identifier le bien fondé, et convaincre le public cible de ses avantages réels pour chacun de ses membres (ce qui oblige à se poser la question de savoir s'il y en a , et à l'avantage de qui sont conçus ces systèmes...!).


Et donc, le grand Blog des Ressources Humaines n'est pas prêt de se tarir ! Allez, au boulot ! :-)​

Posts récents

Voir tout

Le recrutement paradoxal

Il existe une blog-littérature abondante sur les injonctions paradoxales et leur lien avec le syndrome d'épuisement professionnel, ou "burnout". Pour rappel, les injonctions paradoxales (ou doubles co

B2B : Back To Basics !

Quel que soit le projet, le département ou la mission que j'ai pris en charge professionnellement, le retour aux fondamentaux s'est toujours avéré non seulement utile, mais même nécessaire. Les Ressou

© Tous droits réservés - Michel ​Cornelis (Ilomyde)​ - 2014-2019

Conditions générales